Longtemps centré sur les équipements informatiques, le label TCO Certified s’apprête à franchir une nouvelle étape avec le développement de “TCO Certified Cloud”, une certification dédiée à la durabilité des services cloud.
Dans un contexte marqué par la croissance rapide du cloud et par des exigences accrues en matière de transparence environnementale, cette initiative vise à définir un référentiel de durabilité pour les services cloud et à instaurer un mécanisme de vérification indépendant permettant de certifier la conformité des ressources évaluées. Elle répond ainsi à l’absence de critères communs et vérifiés à l’échelle du marché.
Car si les pratiques des fournisseurs ont évolué ces dernières années, notamment en matière de reporting carbone, un problème persiste : les données restent difficilement comparables, parfois incomplètes, et rarement vérifiées de manière indépendante.
Un besoin porté par les acheteurs IT
Le projet TCO Certified Cloud répond à un besoin identifié du marché.
Historiquement, TCO Certified est utilisé par de nombreuses organisations, en particulier dans le secteur public, pour intégrer des critères de durabilité dans leurs achats de produits informatiques (IT hardware). Mais avec la montée en puissance du cloud, ces mêmes acteurs ont rapidement identifié un angle mort : l’absence d’un référentiel structuré permettant d’évaluer la durabilité des services cloud.
Ce besoin s’est progressivement imposé sous l’effet de deux dynamiques :
- un intérêt croissant des acheteurs et des utilisateurs pour une certification de durabilité applicable aux ressources cloud ;
- une augmentation structurelle de la part du cloud dans les infrastructures numériques.
En parallèle, la part croissante du cloud dans les infrastructures numériques a renforcé l’urgence de structurer une approche cohérente.
Une certification pour identifier des ressources cloud plus durables
Contrairement à certaines initiatives plus déclaratives, TCO Certified Cloud a été pensé comme un outil directement mobilisable dans les processus d’achat. Sa spécificité repose sur un choix structurant : la certification ne s’applique pas à un fournisseur dans son ensemble, mais à des ressources cloud spécifiques, typiquement des services de type Infrastructure as a Service (IaaS)
Concrètement :
- des ressources cloud de type IaaS peuvent être certifiées, notamment des machines virtuelles ou des serveurs bare metal;
- un même fournisseur peut choisir de certifier uniquement une partie de son catalogue de ressources cloud et proposer simultanément des ressources certifiées et non certifiées.
Cette approche permet aux acheteurs de comparer des offres précises et d’intégrer des critères environnementaux dans leurs décisions, là où des approches appliquées à l’échelle d’un fournisseur ou d’une organisation sont souvent moins directement mobilisables dans les processus d’achat.
Un modèle fondé sur la vérification indépendante
La crédibilité de la certification repose sur un principe central : la vérification indépendante de la conformité. Comme pour les équipements informatiques, les fournisseurs ne peuvent pas s’auto-certifier ou s’auto-labelliser.
Le processus repose sur :
- des organismes tiers accrédités ;
- des audits techniques et documentaires ;
- un rapport de vérification.
Ce modèle, déjà éprouvé dans d’autres secteurs, permet de limiter les risques de greenwashing et de garantir un niveau de confiance élevé pour les acheteurs.
Un référentiel structuré et exigeant
Le référentiel en cours de finalisation repose sur plusieurs piliers, à la fois techniques et environnementaux. Il prend en compte l’ensemble de la chaîne de valeur du cloud : des équipements utilisés jusqu’aux data centers, en passant par les pratiques des fournisseurs et les caractéristiques des ressources proposées.
Parmi les axes majeurs, le reporting environnemental occupe une place centrale. Deux niveaux de reporting sont attendus :
- un reporting spécifique client de l’empreinte carbone associée aux services utilisés
- un reporting public comprenant des indicateurs de performance des data centers, notamment le PUE et le WUE, ainsi que des informations de transparence sur les infrastructures.
En standardisant les pratiques de reporting et en renforçant la vérification des informations communiquées, la certification pourrait permettre aux entreprises de mieux piloter leurs impacts et d’intégrer le cloud dans leurs stratégies de décarbonation.
Des exigences concrètes sur les ressources cloud et les data centers
Au-delà du reporting, le référentiel impose également des exigences opérationnelles couvrant différents aspects de la chaîne d’approvisionnement et de l’exploitation des ressources cloud :
- amélioration de l’efficacité énergétique des équipements et des data centers ;
- recours à des énergies bas carbone ;
- gestion des équipements dans une logique d’économie circulaire ;
- transparence sur les substances utilisées dans les data centers ;
- mise en place d’un système de management environnemental pour les data centers.
TCO Certified Cloud : un projet encore en phase de développement
À ce stade, TCO Certified Cloud reste un projet en cours de développement.
Le calendrier est le suivant :
➤ 15 avril 2026 : publication du projet de critères ;
➤ 17 juin 2026 : publication de la version finale du référentiel et ouverture du processus de certification des ressources cloud éligibles.
Certaines dimensions restent encore en discussion, notamment les critères sociaux ou les modalités précises de certification. Les coûts et les délais de mise en conformité dépendront également du niveau de maturité des fournisseurs.
Des freins à l’adoption encore présents
Comme toute initiative émergente, la certification fait face à plusieurs obstacles.
Côté fournisseurs :
- efforts nécessaires à la mise en conformité ;
- manque de temps et de ressources ;
- arbitrages internes.
Côté marché :
- absence actuelle de ressources cloud certifiées, limitant les possibilités de recours à la certification dans les décisions d’achat;
- absence de pression réglementaire.
Un levier de différenciation pour les acteurs européens ?
Dans ce contexte, TCO Certified Cloud pourrait néanmoins constituer un levier stratégique, en particulier pour les fournisseurs européens.
Face à des hyperscalers principalement américains largement dominants, une certification crédible et exigeante pourrait permettre de valoriser des pratiques plus transparentes et de répondre aux attentes croissantes des acteurs publics et des grandes entreprises.
Conclusion
TCO Certified Cloud pose les bases d’un standard structurant pour le cloud durable.
Mais comme souvent, son succès dépendra moins de sa conception que de son adoption. Si les acheteurs s’en emparent et l’intègrent dans leurs appels d’offres, la certification pourrait jouer un rôle clé dans la transformation du marché. À l’inverse, sans activation de la demande, elle risque de rester un outil parmi d’autres dans un écosystème encore en structuration.
Chez IJO, nous attendons la publication du référentiel final afin d’analyse et de faire une revue critique des critères intégrés dans celui-ci. Nous sommes néanmoins curieux de voir comment le marché va s’en emparer dans les prochains mois.
FAQ :
Qu’est-ce que TCO Certified Cloud ?
TCO Certified Cloud est un projet de certification développé par TCO Development visant à évaluer la durabilité de certaines ressources cloud. Inspirée du label TCO Certified appliqué aux équipements informatiques, cette initiative ambitionne de définir des critères environnementaux exigeants et de s’appuyer sur une vérification indépendante afin de garantir leur respect par les fournisseurs.
Quelles ressources cloud pourront être certifiées ?
La certification s’applique à des ressources cloud spécifiques, principalement de type Infrastructure as a Service (IaaS). Elle peut notamment concerner des machines virtuelles ou des serveurs bare metal. Un fournisseur pourra choisir de certifier uniquement une partie de son catalogue, ce qui permettra aux acheteurs de comparer plus précisément les ressources proposées.
Pourquoi TCO Certified Cloud est-il important pour les acheteurs ?
Aujourd’hui, les données environnementales fournies par les acteurs du cloud sont souvent difficiles à comparer et rarement vérifiées de manière indépendante. TCO Certified Cloud vise à apporter davantage de transparence, de crédibilité et d’harmonisation dans les pratiques de reporting. Cette certification pourrait ainsi aider les organisations à intégrer des critères environnementaux plus fiables dans leurs décisions d’achat et leurs stratégies de décarbonation.